DOSSIER 

SUR LES TRACES DE MES ANCETRES
rapport suite à un voyage en Inde
par Nedzmedin NEZIRI - 2003

  

Depuis que j’ai commencé l’étude de la langue romani j’ai toujours eu envie d’approfondir mes connaissances de cette langue. Le romani est ma langue maternelle, par conséquent, je la parle parfaitement, cependant, les études m’ont énormément aidé pour avoir une meilleure compréhension de cette langue, notamment en ce qui concerne son origine indienne et la variété des ses dialectes à travers le monde. Ceci m’a également permis de faciliter mon inter-compréhention avec des Roms parlant d’autres dialectes.

J’ai voulu pousser encore plus loin mes connaissances linguistiques, ethnologiques et historiques concernant la population romani. C’est ce qui m’a motivé pour partir jusqu’en Inde, c’est-à-dire l’origine géographique du peuple rom.

En effet, 985 ans plus tard, les Roms ont à nouveau foulé  la terre de leurs ancêtres. Précisément le 10 octobre 2003 nous avons posé un pied dans la ville de nos arrière-grands-parents, cette ville s’appelle KANNAUJ.

KANNAUJ se situe en UTTAR PRADECH, au nord de l’Inde, non loin des grandes villes de KAMPUR  et de LUCKNOW.

Dès mon arrivée en Inde, j’ai immédiatement remarqué de      nombreuses ressemblances entre la population indienne et celle des  roms balkaniques. Tout d’abord en ce qui concerne la manière dont s’habillent les jeunes garçons ; tous sont biens coiffés, ils portent tous des habits impeccables dans un style très proche de celui des Roms des Balkans, ceci quel que soit leur  milieu social.


La deuxième ressemblance frappante concerne la langue ; les mots hindous, sanscrits et roms présentent de nombreuses similitudes. A Mumbai par exemple, j’ai demandé dans un restaurant de l’eau en langue romani, le serveur a parfaitement compris et m’a apporté ce que je lui avait demandé. Pour moi, cela a été le premier contact linguistique. En se rapprochant de KANNAUJ, lieu supposé de l’origine géographique du peuple rom, les rapports linguistiques ont été encore plus intéressants pour nos recherches.


A KANNAUJ, une inter-comphréhension entre les Indiens et moi fût encore plus facile. Eux parlaient leur langue et moi romani. 
Je tiens à préciser ici que je n’avais jamais étudié ni le sanscrit, ni l’hindi avant ce voyage. Je ne connaissais même pas la liste des 900 mots roms certifiés d’origine sanskrite. Par conséquent, j’ai découvert par moi-même les liens linguistiques et historiques du peuple rom et de la région de KANNAUJ.

Nous avons même découvert, dans nos recherches à KANNAUJ et dans ses environs de nouvelles racines sanskrites de mots roms dont on ignoraient l’étymologie: par exemple les mots tikno (« petit » en kannauji et en romani), dei (« mère » en kannauji. En romani dej ou daj), ava (« viens » en kannauji villageois ; en rom ava ; en hindi ao).

Il est intéressant de remarquer que des points communs sont présents entre les langues romani et kannauji mais pas présents en hindi. Par exemple, le pronom ye désigne en hindi aussi bien le masculin que le féminin alors qu’en kannauji, nous avons yo et (elle et lui) qui fait la distinction, comme en romani : oj et ov, (ou la variante voj et vov du groupe rom Gurbet). 

Nous constatons en général que surtout les parlers villageois restent très proches de la langue romani alors que les langues citadines ont subies trop d’influences. 

Par ailleurs, à LUCKNOW nous avons rencontré Mr Kumar, professeur enseignant les langues minoritaires de l’Inde. Notre discussion a révélé de nombreuses similitudes entre la langue bojpuri et la langue romani.

Sur le point de vue architectural, nous avons constater dans le quartier Saray Mira de Kannauj, que la construction des maisons et de la rue sont similaires à celles des quartiers roms dans les Balkans (notamment Macédoine et Kosovo). Les portes d’entrée sont d’une facture très proches.

Dans les villages, les méthodes de fabrication des maisons (paille, bouse, etc…), leurs formes arrondies et les peintures utilisées rappellent également certaines constructions roms des Balkans.

Nous avons constaté également, en étudiant le Uttar Pradesh Panchayat (équivalent du code pénal), qu’il présente une similitude frappante avec la romani kris (tribunal rom).


La ville de KANNAUJ, anciennement très importante au niveau culturel, dont la civilisation a eu une très forte influence sur toute l’Inde actuelle, fût détruite sept fois par divers envahisseurs. Nous avons retrouvé la vielle ville de HARSHA VARDANA, aujourd’hui TILA ou KILA, ville détruites par MAHMOUT DE GAZNI au XI° siècle puis par son successeur MAHMOUT GORI. Les recherches actuelles tendent à démontrer (notamment suite aux recherches du professeur de l’université à KANNAUJ, Jiwan Shukla -
photo à gauche) que suite à ces destructions, une importante population fût déportée et mise sous esclavage. Cette même population serait à l’origine du peuple rom. Dans nos recherches, nous avons découverts de nouveaux documents appuyant cette thèse.

 

La ville de TILA nécessiterait des recherches plus approfondies. Il serait très important que l’UNESCO s’engage vis-à-vis de recherches dans cette zone géographique car un véritable travail de fouilles archéologique est nécessaire.

 

             


Toutes les recherches que nous avons réalisées là-bas ont été incroyablement intéressantes, aux niveaux linguistiques et historiques. Cependant, il reste énormément de travail à effectuer. Nos moyens méthodologiques nous ont également parfois fait défaut. Par exemple lorsque nous demandions aux villageois de nous traduire dans leur langue dukhal man mo śero (« j’ai mal à la tête » en romani), ces derniers nous répondaient « non, je ne suis pas malade ».

Nous avons réuni beaucoup de documents – vidéos, photos, enregistrements, etc- que nous sommes en train de d’étudier.

Il reste énormément de travail à faire, d’autant plus important qu’il permettrait et compléter de façon significative les recherches sur la culture rom et d’éclaircir de nombreux points obscurs concernant l’histoire du peuple rom (par exemple leur mode de vie à l’origine sédentaire).

Rapport par Nedzmedin NEZIRI, INALCO - 2003


 

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